La transmission d’entreprise est un défi et un pari tant pour le cédant que pour le repreneur. C’est toutefois le repreneur qui assume tous les risques. Thierry Pace consultant expert, partenaire du Cabinet Adhere-RH, nous fait part de son expérience.

Vous privilégiez l’accompagnement du repreneur plutôt que celui du cédant, quelle est la raison de ce choix méthodologique ?

Le plus gros challenge est pour le repreneur ! C’est lui qui doit prendre le leadership et acquérir de la légitimité dans l’organisation, auprès des clients et des fournisseurs.

Le cédant est une mine de savoirs. Son enjeu est de transmettre son “bébé” et ses savoirs au repreneur et à l’équipe.

Quelles sont selon vous les qualités majeures du dirigeant dans le cadre d’une transmission d’entreprise ?

Je soulignerais l’écoute. La volonté existe toujours chez les chefs d’entreprise et c’est sur elle que se fonde la stratégie. L’écoute est plus un outil de la tactique, de l’adaptation de la volonté pour trouver le bon chemin.

Faut-il pour réussir sa reprise être nécessairement issu du même secteur d’activité ? Quels sont les avantages et les inconvénients ?

Ça se discute…

Avantage : les décisions techniques seront mieux orientées. Inconvénient : le chef d’entreprise a-t-il seulement une fonction technique ? La réponse est non bien sûr !

Chaque décision doit prendre en compte, à la fois, les facteurs économiques, humains et techniques. Le risque de l’expert technique est de reproduire un schéma trop convenu, celui généralement admis, mais qui ne donne pas l’élan novateur qui oblige chacun à sortir de sa zone de confort.

La reprise nécessite-t-elle la mise en place d’une nouvelle organisation ?

Il faut se garder des recettes toutes faites. L’observation, l’écoute sont indispensables pour appliquer sa stratégie efficacement. L’organisation est au service de cette stratégie : c’est elle qui détermine la nécessité.

Quelles sont les erreurs à ne pas commettre dans le cadre d’une réorganisation ?

Pour reprendre la question précédente, je dirais appliquer le “manuel du parfait repreneur”.

La seconde est d’appliquer sa stratégie de façon trop aveugle, c’est à dire sans prendre en compte les fondamentaux de l’entreprise, et sans tenir compte de l’équation unique de l’entreprise déterminée par l’ensemble “Clients-Moyens et ressources-Outils-Equipe-Fournisseurs”. Il faut respecter cet écosystème pour être à même de le conduire.

Quels sont les freins, les résistances et les obstacles auxquels le repreneur risque t-il d’être confronté ?

La liste serait longue. Je pense qu’il vaut mieux essayer de comprendre comment ils pourraient surgir.

Chaque partie prenante, c’est à dire les clients, l’équipe, les actionnaires, les fournisseurs et lui-même, le dirigeant, va exprimer sa volonté et ses convictions. Pour servir son objectif, le repreneur doit les percevoir pour trouver les meilleures solutions.

Vous accordez une grande importance à la valorisation du capital humain, pourquoi ?

L’équipe en place connait le terrain : c’est un ingrédient indispensable qu’il faut combiner avec la nouveauté apportée par le repreneur. En plus, elle a ses capacités, sa volonté, ses compétences. C’est elle qui va produire les résultats voulus par son dirigeant.

Plus celui-ci sera autoritaire plus son équipe exécutera sans trop réfléchir, sans utiliser ses ressources. A l’inverse, plus il sollicitera leur intelligence, plus elle s’exprimera et produira du résultat tangible !

Le système à mettre en place commence avec la communication de la stratégie, des valeurs et des règles de fonctionnement qui en découlent, se poursuit avec l’organisation qui va la servir et s’appuie sur un management au quotidien qui soit cohérent.

Quelle différence faites-vous entre réduction des coûts et modèle de coûts ?

Qui ne connait pas les “Cost Killer” et les ravages qu’ils ont générés ? A éviter bien sûr !

L’optimisation des coûts est un outil au service de la stratégie. Le modèle de coûts traduit la production de valeur spécifique à l’entreprise, cette fameuse équation dont j’ai déjà parlé. C’est en établissant puis en travaillant avec ce modèle de coût que les optimisations intelligentes et bénéfiques vont apparaitre.

Comment évaluer les forces, les opportunités, les faiblesses et les risques d’une reprise d’entreprise ?

Tous les outils ont 2 points communs : il sont subjectifs et doivent être exploités en équipe. J’utilise le SWOT ( Strengths (forces), Weaknesses (faiblesses), Opportunities (opportunités), Threats (menaces).

Il faut prendre le temps de la réflexion et transformer les idées en actions.

Dans une perspective de durabilité, il faut au moins avoir conscience des risques encourus et avoir des solutions de couverture chaque fois que c’est envisageable.

Les opportunités sont  des “risques positifs” qu’il faut exploiter. C’est ce qui donne toute leur valeur à ces analyses.

Quels conseils donneriez-vous à un candidat repreneur ?

La reprise d’entreprise est un projet de vie. Sachez l’envisager de cette façon.

Vous avez du génie, c’est sûr ! L’équipe en place, sans votre génie, a su faire vivre l’entreprise. C’est certainement à considérer.

Travaillez à construire votre légitimité dès votre arrivée.

Votre écoute, vos valeurs, votre comportement et vos décisions sont plus éloquents que vos paroles.

C’est la clé pour pouvoir conduire votre stratégie qui doit être définie, puis partagée avec l’équipe.

Cette interview a été réalisée par Constant Calvo, Dirigeant de Adhère-RH, le 10 novembre 2016

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